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J’ai commencé une formation d’hypnose, j’ai fais la 1 ère partie: l’initiation à l’hypnose. Il est vrai que cette dernière à des atouts afin de soulager les douleurs chroniques. Voici les explications de l’hypnose

 

Historique de l’hypnose


Franz Anton Messmer, médecin autrichien, inventeur et découvreur d’une méthode thérapeutique dénommée Magnétisme animal, décida de l’appliquer en 1775 à tous les désordres pathologiques. Il affirmait que cette cure pouvait résoudre tous les problèmes de santé, ce qui inclut
également les douleurs. Parmi ses successeurs, au dix-neuvième siècle, se trouvaient des chirurgiens intéressés par ce qui pourrait produire de l’analgésie chez leurs opérés. Le Magnétisme animal qui, entretemps, a été rebaptisé Hypnotisme, répondait à leur attente pour réduire les douleurs chirurgicales lors de chirurgies majeures, en particulier pour James Braid
(1842) à Londres, pour Esdaile
(1) (1846) et Elliotson (2) (1843) dans les Indes anglaises et pour Jules Cloquet (1829) en France.
Le compte rendu chirurgical d’une opération d’une tumeur mammaire effectuée par Cloquet à l’aide du sommeil magnétique, nous rappelle que c’est d’abord pour calmer la douleur aiguë que l’hypnose s’est révélée utile. Très rapidement, dès 1850, l’invention de l’éther, puis plus
tard du protoxyde d’azote et les divers progrès de la médecine ont détourné les médecins de la pratique de l’hypnose.

L’hypnose dans les études cliniques:

L’hypnose a fait la preuve de son efficacité dans le traitement de la douleur chronique. Elle a été étudiée de différentes manières. Les tests de suggestibilité hypnotique ont été utilisés pour mieux comprendre l’action des suggestions directes et indirectes pour calmer la douleur (3).
L’hypnose s’est montrée efficace pour changer des comportements tels que la dramatisation, le catastrophisme. Pratiquement toutes les pathologies douloureuses chroniques peuvent bénéficier de l’approche par l’hypnose. Les études cliniques ont porté sur les céphalées de
tension, la migraine, le côlon irritable
(4), les douleurs abdominales, les dyspepsies(5), les douleurs temporomandibulaires, la lombalgie chronique, la fibromyalgie (6), les cystites interstitielles, l’algodystrophie, les douleurs de membre fantôme, les syndromes posttraumatiques, les douleurs du cancer, les soins palliatifs, ainsi que l’anxiété qui participe à toutes ces pathologies

La pratique et les étapes:

La séance d’hypnose comporte plusieurs phases qui forment un processus
composé de trois étapes.
Le point de départ est la veille ordinaire (selon la terminologie proposée
par François Roustang et Jean Lassner) qui convient à l’accomplissement des tâches du quotidien. La personne utilise ses sens et sa raison pour rester en relation avec l’extérieur. La séance n’a pas encore commencé.
La première étape est l’induction: L’hypnotiseur propose à son patient de fixer son attention ou son regard sur un objet ou sur une partie de son corps. La fixation prolongée visuelle ou mentale provoque une restriction du champ perceptif comme dans le cas d’un enfant qui regarde la télévision et qui se coupe ainsi de son environnement.
La fixation prolongée sans balayage trouble la vision qui devient floue.
L’espace autour de la zone qui est fixée, et parfois la zone elle-même
finissent par devenir confuse, et la personne a l’air absente, « dans les
nuages », dans une sorte de rêverie qui résulte de la dissociation de nos
deux sensorialités : la conscience réflexive et « l’âme sentante » (Formule employée par Hegel).
La deuxième phase est nommée diversement dissociation, confusion: Le patient s’est séparé de sa sensorialité liée aux fonctions réflexives, intellectuelles et sensorielles. Il est coupé de ses perceptions auditives, visuelles, tactiles. Son corps est engourdi et immobile. Il est en pause. Cet état agréable est recherché par les relaxologues ; il est passif.
La troisième étape est une ouverture: La personne s’installe dans une sensorialité première qui fonctionne en dehors de la raison. L’humain pour y accéder doit utiliser ressources, inventivité et imagination. Il faut en faire l’expérience pour comprendre quelque chose à l’hypnose.
Se mettre dans un état hypnotique, seul ou guidé par un thérapeute, a comme unique objectif de mettre en relation l’être humain avec la totalité de son corps, de son espace et de son savoir qui sont les éléments constitutifs de son monde. Et entrer en relation avec son corps, est la condition nécessaire pour guérir. Paradoxalement, pour retrouver
le corps, il fallait commencer par le quitter à la phase de la dissociation.

Mode d’installation et particularités des douleurs chroniques :

Si l’on comprend bien le mode d’installation et les particularités d’une
pathologie chronique, il devient possible d’intervenir plus facilement avec
l’hypnose et plus précocement, pour la désamorcer.
Toutes ces étapes du processus hypnotique se sont déroulées dans un
contexte de soins empreint de bienveillance. Cela contraste avec traumatismes et douleurs qui peuvent également induireune fascination
hypnoïde mais dans un contexte pénible et violent. On parle alors d’une

sidération, qui immobilise la personne.
À force de fixer un problème ou un organe blessé, la douleur et la souffrance s’installent, occupant tout le champ de perception de la personne.

Les effets de la fixation prolongée

L’immobilisation d’un sens aboutit à une confusion. Un exemple, si le
regard s’immobilise sur un objet, la vue finit par se brouiller. Autre exemple, si le doigt touche un objet sans se déplacer, il finit par ne plus rien sentir. Les sens sont inopérants en l’absence de mouvement. Le mouvement permet une exploration qui précise les différences et les contrastes.
Si une personne fixe un épisode de sa vie avec intensité et de manière prolongée, cet événement devient vite flou et impossible à analyser clairement. Le désir profond et réel de guérir n’y change rien. Les patients pensent qu’il faut fixer pour résoudre, et ne quitter des yeux que lorsque le problème sera résolu ; alors que le soin demande un balayage qui clarifie la vision et ouvre l’espace de perception dans lequel la réponse se situe. Dans cet espace se trouvent tous les autres liens qui tiennent une personne en vie et qui sont autant de réponses aux difficultés rencontrées.
Une pensée triste n’est rien, sauf si elle dure. Une douleur n’est rien sauf
si elle s’installe. Une peur n’est rien sauf si elle se renouvelle trop fré-
quemment. Finalement ce que l’on soigne à chaque fois c’est l’immobilisation, la sidération, la focalisation.
Ces particularités se retrouvent dans l’attitude des patients qui répètent
leur histoire à qui veut l’entendre. Le discours évolue vers la plainte.
Même entendue et reconnue cette plainte prend les caractéristiques
d’une obsession.
Un élément est défini par le contexte dans lequel il se trouve


La focalisation de l’attention sur un élément sort cet élément de son contexte.

Elle isole cet élément qui devient impossible à comprendre sans son contexte. Un exemple : une personne est obsédée par un événement
difficile de sa vie. Peu à peu, ce qu’elle regarde par la pensée devient com-

plexe et insoluble. Seul le balayage permettrait de voir à la périphérie
d’autres éléments qui pourraient apporter des solutions au dit problème. Dans un espace large de perception, il existerait des réponses d’adaptation au problème. Pour guérir, la démarche globale devra aboutir à un
processus d’ouverture.
La réinterprétation est une des possibilités les plus courantes.
Exemple : un enfant se trouve dans un bloc opératoire. Ce contexte peut générer de la peur et amplifier la douleur des soins. Les médecins présents avec l’enfant décident de changer le contexte. Ils lui proposent un jeu. Il est un super héros ou un « bioman » que l’on prépare à une compétition ou à vivre une aventure extraordinaire.
Ce nouveau contexte permet à l’enfant de tout réinterpréter différemment. Le matériel chirurgical, les champs opératoires, les personnes masquées sont là pour donner de la force au « super
héros », ils ne sont plus hostiles mais au contraire valorisants. Ou encore, on demande à l’enfant de s’imaginer qu’il est à la montagne en train de faire du ski. Toutes les stimulations qu’il perçoit ne sont plus des soins, des piqûres et des entailles, mais le choc des branches, de la tempête de neige et des chutes sur la piste gelée. Le nouveau contexte permet de vivre tranquillement les soins médicaux et sort l’enfant d’un possible syndrome post-traumatique en cas de soins répétés.
Autre exemple : un patient souffre de douleurs chroniques sur son membre fantôme apparues quelques mois après la perte de sa jambe. Il fait l’expérience de deux contextes. Il remarque que s’il se plaint du drame qu’il a subi, de l’injustice d’avoir perdu sa jambe à
cause d’un motocycliste qui a pris la fuite, ses douleurs apparaissent et s’intensifient. À l’inverse, s’il n’a plus d’exigence, s’il vit la situation comme elle est, sans colère et sans attente de réparation, ses douleurs disparaissent. Le second contexte n’est pas compatible avec la douleur. C’est un contexte tourné vers la vie et vers ses projets d’avenir.
Les patients obsessionnels ou douloureux chroniques sont dans un contrôle permanent qui leur ferme l’accès à
leur sensorialité première. Ce contrôle est un système de défense qui résulte du besoin de se protéger de la souffrance et des souffrances éventuelles à venir. Ce contrôle est aussi une rigidité qui rend tout changement impossible. Les exercices d’hypnose visent à réduire ou à modifier ce contrôle. La particularité de la sensorialité première ou perceptude est d’être un accès vers une totale liberté de perception et donc de réaménagement du corps intégrant le handicap.

« Troquer » la certitude du chronique
contre l’incertitude de la vie réelle

Les personnes qui souffrent d’une pathologie chronique sont les seules à
pouvoir prédire leur avenir. Elles souffrent et savent que le lendemain et les jours suivants, elles continueront de souffrir. Ce désir de connaître son
avenir est partagé par les personnes qui veulent tout contrôler. Elles aussi
ont la tentation de prédéterminer leur avenir pour le connaître à l’avance.
Elles ont peur des mauvaises surprises et choisissent un mauvais avenir
sans surprise. Il est impossible de prédire avec certitude que demain sera
une journée agréable. Alors qu’il est possible de savoir avec certitude que
demain sera une mauvaise journée puisque ma migraine va revenir. La
personne est toujours « gagnante ». Si la douleur s’installe, il n’y a pas d’é-
tonnement, le contrôle est total. Si par hasard la douleur ne vient pas, alors la personne est aussi gagnante. Mais ce soulagement ne devra pas durer trop longtemps sinon la peur de la rechute apparaît et vient rapidement ruiner les progrès enregistrés. Certains patients ne laissent rien au hasard et savent retrouver leurs douleurs sur demande. Il leur suffit d’entrer en relation avec le souvenir de leurs douleurs et de les revivre sur le champ.
Pour guérir, il faudrait vivre un curieux échange. Perdre la possibilité de prédire son avenir et accepter l’aléatoire.

L’entente médecin-malade

La personnalité du thérapeute compte pour beaucoup dans les résultats thérapeutiques. On parle du « charisme » du médecin utilisant l’empathie. Il s’agirait d’un mélange d’assurance, de convivialité et de confiance dans le traitement et dans les ressources du patient. La relation est faite du désir du patient de guérir, de la confiance dans la « méthode » et de la disponibilité du thérapeute : « la main de l’accoucheur » selon Socrate.
Il arrive aussi que le patient soit en conflit avec les médecins, infirmières
ou chirurgiens qui sont intervenus dans le soin. Tant que le conflit persistera, les douleurs persisteront. Le travail thérapeutique consistera à
« faire la paix » avec les différents intervenants, d’une manière ou d’une
autre, pour espérer voir apparaître une amélioration des symptômes.
Le rôle du thérapeute est de faire pression sur le patient pour l’inciter à
« coller » à la réalité dans la perspective de s’y adapter. Pour garder son
utilité, le thérapeute doit abandonner son désir de guérir, il doit être indifférent au résultat. Il ne peut vouloir à
la place de son patient. Par sa présence intense, il pèse de tout son poids
sur le patient, dit François Roustang
(10), et l’amène au seuil de sa liberté. Même si dans l’absolu, tout être aurait les ressources pour guérir, dans la réalité, ce qui est demandé pour revenir dans la vie repose sur une souplesse et une créativité qui ne sont pas accessibles à tous. C’est la raison des nombreux échecs thérapeutiques chez les patients souffrant de douleurs chroniques

En conclusion

Dans le contrôle de la douleur, l’hypnose thérapeutique est une expérience relationnelle mettant en jeu des mécanismes physiologiques et psychologiques permettant à l’individu de mieux vivre, d’atténuer ou de supprimer une pathologie douloureuse aiguë ou chronique. La pratique de l’hypnose montre et confirme que tout ce qui est vivant est en liens. C’est une maladie ou un organe que l’on soigne mais également le terrain composé de tout l’être en relation avec ses croyances, ses sensations, en résumé tout son espace intérieur et extérieur.
Pour les patients souffrant de douleurs et qui n’ont pas fait spontané-
ment leur travail d’adaptation à l’ensemble des problèmes rencontrés
par un corps malade, l’action thérapeutique par l’hypnose sera centrée
sur ces différents aspects de la douleur et de la souffrance, tels qu’ils sont
rapportés par les patients eux-mêmes.
L’hypnose est une possibilité d’entrer réellement en relation avec une personne qui souffre. Si une personne n’accepte pas son handicap, la douleur s’installe et il n’y a qu’un seul chemin possible pour guérir : l’aider à accepter sa réalité corporelle. Pour percevoir sa vie autrement ; pour s’adapter à la réalité, la seule démarche efficace est de modifier les perceptions, ce qui est une définition de l’hypnose.


Article UPSA douleur

> Références
1. Esdaile J. Mesmerism in India and its practical
applications in surgery and medecin. Longmans,
Brown, Green and Longmans,London,1846.
2. Elliotson J. Numerous cases of surgical
operations without pain in the mesmeric state.
Lea and Blanchard, Philadelphia,1843.
3. Benhaiem JM, Attal N, Brasseur L Chauvin M,
Bouhassira D. Local and remote effects
of hypnotic suggestions of analgesia. Pain 89
(2001) 167-173.
4. Wilson S, Maddison T, Roberts L, Greenfield S,
Singh S.The effectiveness of hypnotherapy
in the management of irritable bowel
syndrome. Aliment Pharmacol Ther 24,
769–780.
5. Calvert E L, Whorwell P J. Long term
improvement in fonctional Dyspepsia using
hypnotherapy, Gastroenteroogy 2002;
123:1778–1785.
6. Haanen H.C.M, Hoenderdos H.T.W, van
Romunde L.K.J, Hop W.C.J, Mallee C, Terwiel
J.P, Hekster G.B. Controlled trial of hypnotherapy in the treatment of refractory fibromyalgia.
The Journal of Rheumatology 1991;18:1, 72-75.
7. Benhaiem JM. L’hypnose aujourd’hui, 2005,
ed In Press.
8. Jackson P L, Decety J. Motor cognition: a new
paradigm to study self–other interactions, 2004.
9. Jackson PL, Lafleur MF, Malouin F, Richards C,
Doyon J. Potential role of mental practice using
motor imagery in neurologic rehabilitation.
Arch Phys Med Rehabil 2001;82:1133-41.
10 Roustang F. La fin de la plainte, 2002, éd Odile
Jacob

 

 

 

 

 

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